Percer le mur

trou mur

2025

Le mur séparant les États-Unis du Canada est érigé. J’ai longé ses parois durant des nuits entières afin de trouver l’endroit où je pourrai enfin le traverser, en ce 14 février. Mon matériel est prêt, j’ai le sentiment qu’en passant par East Hereford mes chances de réussir sont bonnes. Dans la nuit d’hier, j’ai marqué mon emplacement et ce soir j’utiliserai ma scie laser pour percer la muraille.

Je n’en peux plus de l’absence de mon Aretha. Et l’amour que je lui porte me donnera le courage nécessaire pour réussir. Cette nuit, je passe au Canada, Peu importe ce que je laisse derrière moi. Peu m’importent désormais toutes ces failles du système que j’ai tenté de combler. Avec un tout petit trou, mes espoirs renaissent.

Alors que j’enclenche ma scie laser, une vive lumière pointe sur moi. C’est un Ranger américain. Je sors aussitôt de mon sac à dos le bidon d’eau potable que je lui réservais, denrée rendue excessivement rare depuis que les usines à charbon fonctionnent à plein régime. Dès que le garde s’en retourne, je me dépêche à percer mon trou dans le mur. Me viennent alors en mémoire les souvenirs de mes différents compagnons de lutte, restés aux États-Unis. Mais la pensée de ma douce me redonne confiance en mon action. J’ai fait le bon choix.

Peut-être d’autres viendront-ils derrière moi, qui suivront mes traces, et qui auront une pensée pour moi à la vue de ma silhouette découpée dans la plaque en métal…

Voilà, je suis passé. J’espère qu’Aretha aura bien reçu les messages encryptés que j’ai lui fait parvenir. Car, ainsi, seul face à la forêt, je me sens vulnérable, à la merci des coyotes ou, pire, des milices canadiennes. Heureusement, Aretha m’a laissé un indice. Elle a attaché un fil d’Ariane, détectable par mes lentilles infrarouges, tendu d’érable en érable et qui me conduit à la cabane de chasse où elle m’attend ! Quelle image éblouissante : je la vois ! Mon cœur soupire (et mes culottes déchirent).

Mais Aretha n’est pas telle que dans mon souvenir. Je comprends aussitôt que les opérations transgenre sont encore permises au Canada… Et alors que je prends la mesure de cette transformation, le disjoncteur qui alimente le mur en énergie explose au loin. Je tombe à la renverse dans les bras d’Aretha. Un passage d’incertitude m’envahit. Un mur virtuel, comme des faisceaux d’éternité, s’élève dans ma pensée. Des voix, qui crient à l’injustice, m’emplissent le cerveau. Jusqu’à ce que j’entende celle que j’aime, me ramener à la réalité :

– Mon Luther…

J’ai rejoint mon compagnon de combat, fier des luttes que nous avons menées. En fuyant, j’ai vaincu les injustices commises face à moi-même. En le retrouvant, j’ai fait tomber mes propres murs.

Les auteurEs se sont réunis le 26 janvier 2017 durant le lac à l’épaule de la TCCC, le lendemain d’une date historique aux États-Unis soit l’entrée en fonction du président Donald Trump. Ils ont écouté la voix de Luther Parker de La Voie des pionniers.

Les auteurEs:  Michèle Lavoie, Benoit Pelletier, Marc Hébert, Nicole Pinsonneault, Carolle Couture, Sylvie Masse, Sonia Cloutier, Julie Sage,Jean-Pierre Pelletier, Carole Chassé, Marie-Andrée Vanzeveren, Nathalie Dupuis, Sylvie Fauteux, Dary Villeneuve, Éva Marchesseault, Anthony Laroche, Sylvie La Belle et Géraldine Lansiaux

@ Photo de Marc Hébert

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