La rencontre de Dorothée et d’Aldebert

@ Photo de Benoit Bouthillette

Le vent soufflait très fort, cette nuit-là, sur Waterville. Une tempête à réveiller les morts, pensait la reine Dorothée. Étendue sur son lit, au cœur de son château d’eau, elle n’arrivait pas à dormir. Son palais avait été construit par un inventeur génial, du nom d’Aldebert, au siècle dernier. C’est aussi lui qui avait accolé des propriétés magiques au petit lit centenaire tout droit sorti des usines Gale, qui avaient fait la réputation de la municipalité partout sur la planète. La reine d’Angleterre elle-même avait dormi sur un lit Gale, alors que la pauvre Dorothée n’arrivait pas à fermer l’œil…

Car, chaque nuit, le château d’eau était empli de bruis étranges. D’un côté, Dorothée pouvait entendre un CLING, CLANG inquiétant. De l’autre, un grincement menaçant, répercuté par les parois métalliques. Et, cette nuit, le tumulte était amplifié par le tonnerre et la bourrasque qui secouaient le petit édifice.

La reine était cachée sous ses couvertures. Soudain, entre les plis de ses draps, elle vit s’approcher des souliers métalliquesé. Mais… Elle ne voyait pas le corps de celui qui les portait ! CLING, CLANG… La reine se roula en boule pour se cacher, car elle avait peur. D’une voix chevrotante, elle demanda :

— Qui est là…?

Du fond de la nuit, une voix répondit, qui fit BOUH !

La reine sursauta dans son lit.

La voix poursuivit :

— Je suis désolé d’avoir eu à vous effrayer ainsi. C’est que je suis un fantôme, vous savez…

La reine ne cessait de rebondir sur son matelas aux ressorts magiques. La voix reprit :

— Je me présente. Je suis le fantôme d’Aldebert. Et si je suis ici, c’est grâce à mes chaussures métalliques, une autre de mes ingénieuses inventions, brevetée en 1810, et qui me permettent de rester sur cette terre pour prendre soin de mon patelin…

Pendant toute la tirade du fantôme, la reine n’avait cessé de bondir, de plus en plus haut. Elle réussit néanmoins à se stabiliser en s’agrippant au bord de son lit. Elle s’y assit puis jeta le drap sur la tête de son interlocuteur afin de pouvoir mieux le discerner. Elle vit la silhouette s’incliner pour lui faire une révérence.

— Madame, si j’ose vous réveiller ainsi, en pleine nuit, c’est que je crains pour votre vie. Le château d’eau menace de s’effondrer…

Au même moment, un craquement sinistre déchira la nuit. Toute la structure du château d’eau fut secouée.

  • Mais qu’allons-nous faire ? s’écria la reine.

Elle pensa aussitôt à son matelas magique. Il pourrait la projeter hors du château d’eau par la lucarne du toit ! Elle se leva sur son lit et se dona un élan pour sauter. Elle atteignit presque le plafond, mais ce ne serait pas suffisant…

Elle prit alors son oreiller. Elle commença à le chatouiller pour réveiller les plumes afin qu’elles puissent s’envoler. Mais, trop lourde, la reine retomba au sol et se cogna la tête sur le rebord de la fenêtre.

Elle aperçut alors, au travers la vitre, un homme avec une lanterne à la main, en train de construire ce qui semblait être une usine. Elle le vit poser une brique au sol qui forma instantanément une grande cheminée.

La reine se tourna vers le fantôme et lui dit :

— Aldebert, pouvez-vous descendre et aller avertir cet homme que j’ai besoin de son aide pour descendre ?

Une violente secousse ébranla le château d’eau et le fit dangereusement tanguer.

— J’y vole ! s’écria vaillamment Aldebert.

Le fantôme enleva ses chaussures, les conserva dans ses mains et prit son envol. Rendu au-dessus de l’homme, il laissa tomber l’une de ses chaussures à ses pieds.

L’homme leva la tête au ciel et vit le château d’eau sur le point de s’effondrer. Il comprit immédiatement ce qu’il devait faire. D’un geste vif, il déposa une brique au sol et de laquelle s’érigea instantanément un escalier en colimaçon qui monta encercler le château d’eau et le stabilisa.

La reine descendit l’escalier à toute vitesse afin de venir rejoindre l’ouvrier. Encore étourdie par son choc récent, elle chancela et tomba de l’escalier. La voyant chuter, Aldebert laissa tomber la seconde chaussure et plongea la rattraper. La reine se posa en douceur. Elle se rendit remercier l’homme à la lanterne. Elle prit chaleureusement ses mains dans les siennes et lui dit :

— Grâce à vous, le château d’eau est sauvé. Et, à nous deux, nous pourrons continuer de construire la ville !

Libéré du poids de ses chaussures, le fantôme d’Aldebert vint déposer un baiser sur la joue de la reine avant de poursuivre son chemin vers le monde des esprits.

Dorothée ressentit la bise sur sa joue comme la caresse du vent. Elle sut alors que, chaque fois que le vent soufflerait sur sa ville, elle penserait au fantôme de son grand bâtisseur.

Texte écrit le vendredi 12 mai 2017, avec des enfants et leurs parents, sous la supervision de Benoît Bouthillette. Les auteurEs avaient écouté George Gale de La Voie des pionniers avant de commencer à composer leur texte.

Les auteurEs :

Marie-Rose (9 ans)

Béatrice (9 ans)

Noémie (7 ans)

Chloé (8ans)

Emrick (8ans)

Maël (10 ans)

Ainsi que les parents :

Marie-Hélène Darveau, Laurie-Anne Dubeau, Églantine Fourez, Christian Gagnon, Jean-François Nadeau et Marise Robillard

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