La tournée des cimetières de Coaticook

La Ville de Coaticook est fière de dévoiler une toute nouvelle attraction touristique mettant en valeur son patrimoine religieux : Paroles d’Outre-temps. Cette tournée des cimetières coaticookois comporte un circuit traditionnel, avec des panneaux d’interprétation et un dépliant, et offre également une expérience rehaussée sur technologie numérique grâce à un audioguide, accompagné de photos et de documents d’archives. Cette visite multimédia mène à la découverte de dix cimetières où des personnages racontent l’histoire de chaque cimetière ainsi que celle de quelques personnes qui y sont inhumées. L’audioguide Paroles d’Outre-temps est disponible sans frais via l’application BaladoDécouverte, elle aussi gratuite sur Google Play (Android) et l’App Store (Apple).

Il est possible de télécharger préalablement le contenu, chez soi, et d’y accéder ensuite, sur le terrain, sans connexion Internet. Une version anglaise, Voices from Another Time, est également disponible. Parmi les dix cimetières, plusieurs étaient naguère à l’abandon ou presque. Après des efforts et des investissements afin de restaurer plusieurs des stèles funéraires et de rendre les lieux accessibles, ces cimetières sont maintenant revitalisés et dignes d’accueillir les visiteurs. Ce projet fut financé conjointement par la Ville de Coaticook et le ministère de la Culture et des Communications, avec le soutien de Pacte rural 2007-2014 ainsi que du Fonds Neil & Louise Tillotson de la New Hampshire Charitable Foundation.

Le Culte de la Diversité

par Monique Nadeau-Saumier

Les protestants américains et britanniques qui ont d’abord colonisé la région de Coaticook ont donné une teinte particulière à l’architecture religieuse de l’endroit. Le début du XIXe siècle a ainsi vu s’ériger de nombreuses églises rurales de confessions dites « évangéliques » : baptistes, méthodistes et congrégationalistes.

La simplicité architecturale de l'église baptiste de Barnston (1880) est caractéristique des meeting houses, qui servaient de lieu de culte et de rencontre pour la communauté.
La simplicité architecturale de l’église baptiste de Barnston (1880) est caractéristique des meeting houses, qui servaient de lieu de culte et de rencontre pour la communauté.

C’est à Barnston Corner, un hameau qui fait aujourd’hui partie de la ville de Coaticook que se trouve l’un des plus anciens et importants témoins du patrimoine religieux évangélique. Bâtie en 1837, l’Église baptiste de Barnston a obtenu la cote A, c’est-à-dire incontournable, dans l’Inventaire des lieux de culte du Québec. Architecture néoclassique, fenestration simple, intérieur dépouillé : il s’agit de la quintessence de la meeting house, un lieu de rassemblement modeste qui se distingue des premières maisons des colons américains par ses dimensions plus imposantes — et que les catholiques canadiens-français surnommaient « mitaine ». Depuis une dizaine d’années, le comité Héritage Barnston a pris en charge la restauration de cette église dont le décor intérieur en lambris de bois est resté intact. Même la grande baignoire où les fidèles étaient baptisés par immersion s’y trouve toujours.

Église universaliste d'Huntingville
Avec son fronton triangulaire et ses pilastres d’Angle, l’église universaliste d’Huntingville illustre le style néoclassique qui caractérise la plupart des églises de la Nouvelle-Angleterre, berceau de cette confession.

Également classée A, l’église d’Huntingville (dans l’actuelle Waterville) est la première église universaliste construite au Canada. La famille Hunting a participé activement à l’établissement de ce temple en offrant le terrain où cet édifice néoclassique sera érigé en 1845. Fermée au culte en 1951, l’église revit aujourd’hui grâce aux efforts d’un groupe de résidents de la région. Pour aider à couvrir les frais d’entretien, on y célèbre des mariages en plus d’y tenir des concerts et des activités saisonnières. Le site comprend aussi une école, un cimetière ainsi qu’un moulin et son barrage sur la rivière au Saumon. Ce noyau villageois, l’un des plus anciens des Cantons-de-l’Est, est préservé dans un état exceptionnel.

À Way’s Mills, l’église Church of the Epiphany illustre le symbolisme du vocabulaire architectural néogothique avec sa tour centrée en façade, dont l’élan vertical est accentué par des contreforts triangulaires. Dans une version vernaculaire, ce courant architectural caractérise de nombreuses églises anglicanes rurales dans les Cantons-de-l’Est. Construite grâce à une généreuse contribution de l’évêque anglican de Québec, l’église Church of the Epiphany a été inaugurée en décembre 1888. Le Conseil du patrimoine religieux du Québec a récemment accordé une importante subvention à un groupe de résidents de la communauté, d’origines et de confessions diverses, qui a pris en main sa restauration.

L’église anglicane de Way’s Mills fait face à l’église multiconfessionnelle Way’s Mills Union. Érigée en 1881, cette dernière regroupe diverses confessions évangéliques. Situés dans un site enchanteur, ces lieux de culte sont associés aux deux plus importantes confessions protestantes fondatrices des Cantons-de-l’Est.

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Un cimetière protégé

par Edith Thibodeau

Le Barnston Heritage Cemetery Association (BHCA) est un organisme à but non lucratif composé de bénévoles, oeuvrant depuis 1983 à l’entretien et la conservation des cimetières anglophones de l’ancien Canton de Barnston (aujourd’hui divisé entre les municipalités de Coaticook et de Barnston-Ouest).

De nombreux cimetières ont été conservés jusqu’à aujourd’hui en raison des interventions de l’organisme.

Grâce à une aide financière du Fonds d’urgence pour le patrimoine religieux de la MRC de Coaticook, et de la Ville de Coaticook, le BHCA a récemment fait clôturer le cimetière Bickford Corner, situé sur le chemin de Stanstead à Coaticook. Aujourd’hui situé au coeur d’un champ agricole, et entouré uniquement de poteaux de bois reliés par une corde, ce cimetière a été adéquatement protégé afin d’éviter les dommages causés par la machinerie.

La plus ancienne pierre tombale de ce cimetière, dont les inscriptions sont visibles, appartient au Dr. Thomas C. Chapman, décédé le 12 janvier 1814, à l’âge de 38 ans.

Le repos d’un soldat de la Révolution américaine

par Diane Lauzon-Rioux

Le cimetière Old Hall Stream, situé sur la Route 253 à East Hereford, a retrouvé son lustre à la fin des années 1950. De nombreux bénévoles américains et canadiens ont littéralement déterré un grand nombre de pierres enfouies dans le sol à travers les broussailles et assuré, par la suite, sa pérennité grâce à un fonds de dotation. Parmi ces bénévoles, nul autre que Neil Tillotson dont les arrière-grands-parents, Mary Titus et David Hodge, y sont inhumés. Mary Titus, une Abénaki, élevée sur Titus Hill à Colebrook NH, nous rappelle le passage des Amérindiens dans notre région. Il y a toutefois une autre pierre qui retient notre attention.

Comme une sentinelle qui veille dans la première rangée du cimetière, se trouve une pierre de ton verdâtre au nom d’Ezekiel Flanders, natif du New Hampshire, 1761-1846. Qu’y a-t-il de si particulier à cette pierre? C’est le lot d’un vétéran de la Révolution américaine. Particulier puisqu’elle est entourée de pierres dont les dates remontent du milieu des années 1800 jusqu’au milieu des années 1900.

Ezekiel Flanders a servi dans plusieurs régiments, dont ceux de Saratoga et de West Point. Sergent, il a été relevé de ses fonctions par le Général Washington en 1783 peu avant le Traité de Paris, lequel reconnaissait les États-Unis, nation libre et indépendante. Il servit à nouveau quelque temps et quitta définitivement l’armée en 1784. Il est venu s’établir dans le Canton d’Hereford avec sa conjointe Betsy et leur fils Francis vers 1813. On retrouve cette date dans les registres lorsqu’il a fait sa demande de pension américaine à l’âge de 72 ans! Pourquoi à cet âge? Avait-il des doutes sur la capacité du nouveau gouvernement américain de donner suite à sa demande?

Toujours est-il qu’il donna à Hiram Wells, un résidant du canton, cinquante acres dans le rang 4 afin que ce dernier lui fournisse le nécessaire pour ses vieux jours : bois de chauffage, petit jardin et autres commodités. C’était un geste courant à cette époque.

Enfin, le Canton de Hereford, terre de la couronne britannique, sera devenu dernier repos d’un soldat de la révolution américaine.

Le cimetière Gould

par Géraldine Stringer

C’est par le chemin Corey à Kingscroft qu’on accède au cimetière Gould. Cimetière protestant ouvert vers 1811, il desservait les familles pionnières qui s’étaient installées tant au village qu’aux alentours de King’ s Corner.

C’est un morceau de terrain rectangulaire et légèrement vallonné. Borné par le chemin Corey au sud, les côtés ouest et nord sont adjacents à des arbres matures alors que la limite est longe une prairie. Le lot appartenait à l’origine à la famille Gould et bon nombre de ses membres y sont enterrés.

Dès 1806, John, David et William Gould achètent des mandataires terriens Lester & Morrogh plusieurs acres de terre à proximité de King’s Corner. La terre de William Gould a éventuellement été saisie pour être vendue par le shérif pour cause de non- paiement du prix d’achat. C’est George Barnard dont la fille Eliza a été inhumée dans le cimetière au mois de février 1811, qui a racheté le terrain.

La famille Norton, arrive en 1803 de Newhaven au Vermont et acquiert de larges terres. Issachar Norton, sénior, a eu 10 enfants et la plupart se sont installés à King’s Corner devenant ainsi, une importante famille terrienne. Shadrack Norton et sa femme ont été enterrés dans le cimetière en 1858. Ce sont les grands-parents d’Arthur Osmore Norton. On se souviendra que ce dernier est devenu ce riche industriel qui parti de notre région s’est installé à Brookline, près de Boston au Massachusetts. La résidence d’été de la famille Norton, érigée en 1912 le long de la rue de l’Union à Coaticook est aujourd’hui le musée Beaulne.

La famille Sutton s’est implantée à King’s Corner en 1805, en provenance du Vermont. Philpot Sutton vint d’Angleterre au New Hampshire, puis au Vermont avant d’installer sa famille dans le canton de Barnston. Ce cultivateur encouragea ses fils à acheter des terres et à cultiver. La pierre tombale familiale indique la date de décembre 1813 pour Philpot Sutton et de mars 1847 comme date de décès de sa femme. On sait que John Sutton, l’ainé de Philpot était né en Angleterre en 1792 avant que la famille émigre en Amérique. Il est devenu diacre (deacon) de l’église Baptiste et un membre fondateur de la congrégation baptiste de Barnston’s Corner. Les descendants de la famille Sutton sont encore actifs tant à Kingscroft qu’à Way’s Mills.

La famille Bishop acheta un lot de Lester & Morrogh en 1806. James Bishop a été enterré en 1831 dans le cimetière Gould. Sa femme l’a suivi en 1863 et tout au long du 19e siècle, on peut relever les noms des membres de la famille qui y furent enterrés. Quant à la famille Pope, elle s’est établie dans la première moitié du siècle alors que Marshall Pope arriva d’Albany, Vermont en 1826. Il acheta la terre au sud du hameau, sur laquelle était déjà construite une taverne, fort probablement nommée « La taverne à Norton ». C’est Alonzo Pope qui devint l’aubergiste de la place.

D’autres monuments familiaux témoignent de l’importance du cimetière Gould et de Kingscroft. La famille LeBarron est arrivée en 1825 alors que la famille Morrison, représentée par Samuel et John s’est établie vers 1823 à peu près en même temps que la famille Heath. D’ailleurs ces deux familles ont vu plusieurs de leurs enfants s’entremarier.

Le cimetière est aujourd’hui sous la responsabilité du « Barnston Heritage Cemetery Association » et d’un descendant de la famille Sutton. C’est un endroit agréable pour s’y promener, profiter des couleurs de l’automne et toucher ces vieilles pierres qui portent le message des familles pionnières qui ont colonisé ce coin du canton de Barnston, qui est aujourd’hui une partie de la municipalité de Barnston-Ouest.

Des visites de cimetières à Compton

Les deux tournées des cimetières organisées cette année par la Société d’histoire de Compton Historical Society ont permis à plus d’une quarantaine de personnes de découvrir des lieux uniques par leur emplacement et de faire connaissance avec les familles qui depuis plus de 200 ans, ont habité Compton.

Chacun des quinze cimetières et lieux de sépultures connus possède sa propre histoire et garde précieusement certains éléments de notre mémoire collective.

Ces tournées ont permis aux participantes et aux participants de se familiariser avec la symbolique funéraire utilisée par les diverses confessions religieuses, avec les formes et les matériaux des monuments, d’apprécier la richesse du patrimoine que constituent les 10 cimetières encore existants. Aurons-nous d’autres occasions de nous aventurer dans ces lieux généralement peu fréquentés? Peut-être.

Compton a un patrimoine précieux qu’il nous faut découvrir et partager.

Projet d’identification des cimetières de la MRC

La MRC de Coaticook souhaite identifier clairement les cimetières en apposant à l’entrée de chacun d’entre eux une enseigne portant leur nom. Certains cimetières possèdent déjà une enseigne ou un portail. Les cimetières non identifiés, ou identifiés de façon rudimentaire sont visés par ce projet. Une affiche déjà en place pourrait, selon le souhait des responsables, être remplacée par une nouvelle enseigne représentative du territoire de la MRC.

La MRC de Coaticook cherche donc à entrer en contact avec tous les responsables des cimetières pour connaître leur intérêt à faire partie de ce projet d’identification. À cette étape-ci, la MRC de Coaticook recueille les informations à savoir quels cimetières nécessitent une identification.

Pour plus d’informations, ou pour signaler votre intérêt à faire partie du projet, veuillez communiquer avec Edith Thibodeau, agente de développement culturel à la MRC de Coaticook au 819-849-9166 poste 28 ou par courriel à culture@mrcdecoaticook.qc.ca