Le Culte de la Diversité

par Monique Nadeau-Saumier

Les protestants américains et britanniques qui ont d’abord colonisé la région de Coaticook ont donné une teinte particulière à l’architecture religieuse de l’endroit. Le début du XIXe siècle a ainsi vu s’ériger de nombreuses églises rurales de confessions dites « évangéliques » : baptistes, méthodistes et congrégationalistes.

La simplicité architecturale de l'église baptiste de Barnston (1880) est caractéristique des meeting houses, qui servaient de lieu de culte et de rencontre pour la communauté.
La simplicité architecturale de l’église baptiste de Barnston (1880) est caractéristique des meeting houses, qui servaient de lieu de culte et de rencontre pour la communauté.

C’est à Barnston Corner, un hameau qui fait aujourd’hui partie de la ville de Coaticook que se trouve l’un des plus anciens et importants témoins du patrimoine religieux évangélique. Bâtie en 1837, l’Église baptiste de Barnston a obtenu la cote A, c’est-à-dire incontournable, dans l’Inventaire des lieux de culte du Québec. Architecture néoclassique, fenestration simple, intérieur dépouillé : il s’agit de la quintessence de la meeting house, un lieu de rassemblement modeste qui se distingue des premières maisons des colons américains par ses dimensions plus imposantes — et que les catholiques canadiens-français surnommaient « mitaine ». Depuis une dizaine d’années, le comité Héritage Barnston a pris en charge la restauration de cette église dont le décor intérieur en lambris de bois est resté intact. Même la grande baignoire où les fidèles étaient baptisés par immersion s’y trouve toujours.

Église universaliste d'Huntingville
Avec son fronton triangulaire et ses pilastres d’Angle, l’église universaliste d’Huntingville illustre le style néoclassique qui caractérise la plupart des églises de la Nouvelle-Angleterre, berceau de cette confession.

Également classée A, l’église d’Huntingville (dans l’actuelle Waterville) est la première église universaliste construite au Canada. La famille Hunting a participé activement à l’établissement de ce temple en offrant le terrain où cet édifice néoclassique sera érigé en 1845. Fermée au culte en 1951, l’église revit aujourd’hui grâce aux efforts d’un groupe de résidents de la région. Pour aider à couvrir les frais d’entretien, on y célèbre des mariages en plus d’y tenir des concerts et des activités saisonnières. Le site comprend aussi une école, un cimetière ainsi qu’un moulin et son barrage sur la rivière au Saumon. Ce noyau villageois, l’un des plus anciens des Cantons-de-l’Est, est préservé dans un état exceptionnel.

À Way’s Mills, l’église Church of the Epiphany illustre le symbolisme du vocabulaire architectural néogothique avec sa tour centrée en façade, dont l’élan vertical est accentué par des contreforts triangulaires. Dans une version vernaculaire, ce courant architectural caractérise de nombreuses églises anglicanes rurales dans les Cantons-de-l’Est. Construite grâce à une généreuse contribution de l’évêque anglican de Québec, l’église Church of the Epiphany a été inaugurée en décembre 1888. Le Conseil du patrimoine religieux du Québec a récemment accordé une importante subvention à un groupe de résidents de la communauté, d’origines et de confessions diverses, qui a pris en main sa restauration.

L’église anglicane de Way’s Mills fait face à l’église multiconfessionnelle Way’s Mills Union. Érigée en 1881, cette dernière regroupe diverses confessions évangéliques. Situés dans un site enchanteur, ces lieux de culte sont associés aux deux plus importantes confessions protestantes fondatrices des Cantons-de-l’Est.

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De rail et d’eau

Exploité notamment par le barrage Penman's, le pouvoir hydraulique de la rivière Coaticook a transformé un village en ville manufacturière.
Exploité notamment par le barrage Penman’s, le pouvoir hydraulique de la rivière Coaticook a transformé un village en ville manufacturière.

Le chemin de fer et les chutes de la rivière ont propulsé l’essor industriel de Coaticook des années 1850 aux années 1960. Quelques bâtiments et structures témoignent de cet âge d’or.

Juillet 1853 : le destin de Waterville et Coaticook s’apprête à changer. Les premiers trains du chemin de fer Saint-Laurent et Atlantique (englobé dans le Grand Tronc la même année), entrent en gare dans ces deux villages. L’entente entre Alexander Tilloch Galt, commissaire de la British American Land Company, située à Sherbrooke, et John A. Poor, marchand de Portland, prévoit la construction d’un chemin de fer reliant Montréal à Portland, important port du Maine ouvert sur l’Atlantique à longueur d’année. Ce projet avait concurrencé celui de marchands de Montréal et de Boston, promoteurs d’un tracé qui aurait évité Sherbrooke et Coaticook. Le projet de Portland l’a emporté lors d’une course hivernale de diligences sur patins à destination de Montréal, depuis Portland et Boston…

Rapidement, le passage du chemin de fer désenclave la région et contribue à son essor économique. La gare de Coaticook abrite alors le poste de douane ferroviaire le plus important du Canada. Le chemin de fer diversifie l’activité industrielle de la ville. Les petits moulins à farine et les scieries des années 1840 font place à des fabriques et à des manufactures d’envergure, tant dans les secteurs de la bonneterie, du coton et de la laine que dans ceux de la transformation du bois et de l’industrie mécanique.

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