Ce qu’on laisse : un temps pour arriver, un temps pour partir

Georgianna est née en 1874 à La Pocatière, dans le Bas-du-fleuve. On aime s’imaginer que son enfance a été marquée par la présence de plusieurs frères et de sœurs pour avoir envie par la suite de consacrer toute sa vie au métier de sage-femme. En passant, dans le temps, on ne disait pas qu’une femme était enceinte. On disait qu’elle était en famille, puis qu’elle achetait ou délivrait quand elle accouchait. En plus, on ne faisait pas l’amour, on magasinait ! Aujourd’hui, on aimerait connaître davantage son enfance, les valeurs que ses parents lui ont léguées, l’environnement magique qui a fait d’elle une femme si dévouée pour sa communauté. Du Bas-du-fleuve à Malvina ! Quel périple ! Comme on dit, il faut savoir d’où l’on vient, pour savoir où l’on va.

Georgianna s’est établie dans Malvina avec sa famille en 1909. Malvina, c’est le berceau de Saint-Malo, là où tout a commencé : les premiers colons, le travail dans le bois, le train. Un village était en train de se former, au milieu de ces paysages magnifiques. Encore aujourd’hui, certains appellent le coin la Petite Suisse tant les vallons sont spectaculaires.

À son arrivée, Georgianna avait déjà huit enfants. Elle en a eu 21 au total. De 18 ans à 45 ans, la couchette n’a jamais été serrée. Elle n’avait pas le temps de se croiser les jambes, ni les bras, car elle travaillait tout le temps. Malgré sa besogne, elle a commencé à être sage-femme avec le Docteur Deslongchamps. C’était toujours la première arrivée et les femmes préféraient être accouchées par elle. En plus, avec elle, c’était gratuit alors que le médecin chargeait cinq dollars.

Il faut dire qu’elle n’était pas la seule sage-femme dans le coin. On peut penser par exemple à Louisa Gagnon. À travers la mémoire de Georgianna, c’est le labeur de toutes ces femmes que l’on se rappelle aujourd’hui. Son dévouement et son amour de la vie faisaient d’elle quelqu’un de toujours disponible, pour les naissances comme pour les morts. En effet, en plus d’accompagner les femmes dans leur accouchement, elle aidait aussi à préparer les morts. Elle pratiquait même l’extrême-onction, c’est-à-dire qu’elle ondoyait les bébés qui étaient en danger de mort à leur naissance afin d’éviter qu’ils aillent dans les limbes.

Georgianna, c’était aussi une confidente pour toutes les femmes. Elle était toujours présente pour les soutenir quand elles partaient en famille. Pour les seconder, elle a traversé bien des épreuves. Imaginez, un soir d’hiver enneigé, elle a traversé les flots de la Hall Stream à pied pour aider Mme Antoine Paradis à délivrer. Sortir de la tempête, participer à la naissance d’un enfant, éclairée au fanal ou à la chandelle, sans oublier de courir l’eau, c’est-à-dire d’aller la chercher directement à la pompe : quel travail ! Aujourd’hui, on peut dire que les enfants qui sont revenus dans Malvina sont les héritiers du courage de cette grande dame.

Énergique, patiente et compréhensive avec tous, cette pionnière dévouée a gardé sa mère, Mme Hélène Aubéline-Dubé, ou grand-maman paparmane comme l’appelaient les enfants de Georgianna. Elle était également très fière, perçant avec du foin d’odeur les oreilles des petites filles en visite. En plus des femmes, elle veillait aussi au bien-être des hommes : elle tricotait des mitaines et des bas de laine qu’elle vendait aux bûcherons qui partaient pour les chantiers. Parfois, son grand cœur faisait en sorte qu’elle les donnait au lieu de les vendre. Bref, elle était disponible pour tout le monde au village, une aidante dans tous les aspects de la vie.

On peut dire que les Malouins d’aujourd’hui ont gardé certains traits d’esprit de Georgianna. Les qualités qui ont fait d’elle une femme remarquable ont perduré jusqu’à aujourd’hui : la capacité d’accueil, la générosité, l’entraide, le dévouement. On peut dire que la pionnière a ouvert la voie, a ouvert la route. Saint-Malo a accueilli Georgianna il y a plus d’un siècle et la communauté accueille encore aujourd’hui à bras ouverts les gens qui choisissent de venir s’établir dans LE PLUS HAUT village du Québec.

À travers les naissances, les vies, les morts, Georgianna Lizotte-Ouellette a célébré toutes les facettes de l’existence. Même si une grande part de ses valeurs sont souvent mises aux oubliettes, des personnes comme Geneviève Crête, qui a travaillé à plusieurs projets pour mettre en valeur le passé de Saint-Malo, nous font revivre son histoire et permettent au patrimoine de se perpétuer. Des femmes comme Georgianna, on n’en fait plus aujourd’hui! Sauf peut-être encore à Saint-Malo! Souvenons-nous : il y a toujours un temps pour arriver, un temps pour partir et surtout, un temps pour transmettre notre patrimoine aux générations futures.

Texte écrit le samedi 1er juillet 2017, sur la galerie du Gîte le 7e Ciel, Saint-Malo sous la supervision de l’écrivain Jean-François Létourneau. Quelques minutes auparavent, les participantes avaient écouté la voix de Georgianna Lizotte-Ouellet, une pionnière de La Voie des pionniers.

Les auteures de ce texte sont :

Catherine Quirion, Denise Crête, Mélanie Giguère, Micheline Robert et Geneviève Crête

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s